QUATRIEME
PARTIE
Ordre du jour du
COMAC
Les derniers mois sous la botte
nazie
Les Bollénois dans
les combats de la Libération
Un maquisard
de la "Villa Rose" raconte
Les F.T.P. bollénois
La mort atroce d’Eugène
Bertrand, combattant F.T.P.F
L’arrestation d’Eugène
Bertrand
La vie des Résistants. La même terrible loi
L’angoisse d’un
résistant arrêté .
Le danger surgit...
où on s’y attend le moins
Autre
chemin de la Résistance les Forces Françaises Libres (F.F.L.)
La Libération de Bollène
Bollène libérée
Membres de la délégation
spéciale
Membres de la commission d’épuration
Quelques condamnations à mort
Retour à la démocratie
L’impossible oubli
L’horreur du monde
concentrationnaire
La déportation
Bilan de la répression pour
le canton
Etat des
crimes de guerre de l’occupant
A ceux qui nient ou
calomnient la Résistance
N’oublions
jamais ! Restons vigilants
La
bataille du Rail dans la région de Bollène (résumé)
Remerciements
La Libération.
Ordre du jour du COMAC (Comité d’Action militaire)
Le 22 mai 1944 le COMAC (Comité d’Action militaire) placé sous le contrôle du Conseil national de la Résistance créé par Jean MOULIN le 27 mai 1943, publie l’ordre du jour ci-dessous :
« A tous les officiers, sous officiers et soldats des Forces Françaises de l’intérieur, combattants des groupes francs, corps francs, F.T.P., homme des maquis ! Le comité d’action militaire, par décision du Conseil national de la Résistance et en accord avec le gouvernement provisoire de la république siégeant à Alger, agit dorénavant comme l’organe de commandement suprême des F.F.I. en France…
Avant garde de notre peuple, vous devez lui donner l’exemple de l’union la plus complète…Le COMAC vous ordonne : Attaquez l’envahisseur où vous le trouvez ! Harcelez ses troupes ! Tendez des embuscades à ses convois ! faites dérailler ses trains ! Faites couler ses péniches ! Coupez ses lignes de communication ! Armez-vous à ses dépens ! Exterminez les traîtres, agents de la Gestapo, miliciens assassins… ! Frappez, frappez, frappez par tous les moyens les bourreaux de notre peuple ! Prouvez au monde que les Français de 1944 sont dignes de leurs aînés de Verdun et de Valmy… »
(Chronique de la Résistance d’Alain GUERIN – Page 1587)
L’année 1944 commence avec un développement prodigieux des actions armées dans le Vaucluse contre les troupes d’occupation, la Gestapo et la milice. On trouve aux Archives Départementales un bilan de ces actions menées par les différents groupes armés du département (F.T.P.F. – A.S. – Corps francs – maquisards) rassemblés dans les Forces françaises de l’intérieur (F.F.I)
Bilan des actions armées dans le Vaucluse
Février 1944 : 34 actions armées
Mars 1944 : 41 actions armées
Mai 1944 : 37 actions armées
Juin 1944 : 48 actions armées
Juillet 1944 : 70 actions armées
Ce bilan établi par la gendarmerie montre l’ampleur et la puissance de la lutte armée menée contre l’occupant hitlérien par les F.F.I. qui pratiquent la tactique de la « guérilla ».
En juillet les actions ont doublé par rapport à février.
La Libération est proche.
La région de Bollène y tient toute sa place.
Les derniers mois sous la botte nazie
6 JUIN 1944 :
Débarquement des alliés sur les plages normandes. Le second front tant attendu devient enfin une réalité. Un immense espoir s’empare de la population bollénoise et des communes environnantes. Les combattants des maquis, des F.T.P.F., de l’A.S., des corps francs rassemblés grâce à Jean MOULIN sous le titre de Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.) rivalisent d’audace et de courage. De très nombreux bollénois et habitants du canton rejoignent les maquis de la région et se joignent aux jeunes réfractaires du S.T.O.
Une véritable armée sans uniforme se constitue.
L’ennemi réagit violemment contre les combattants F.F.I. mais aussi contre la population civile se livrant à des fusillades d’otages, à des exécutions sommaires.
Un rapport de la gendarmerie de Vaucluse relate : « Le 8 juin 1944, les éléments de la Résistance ont occupé les communes de VALREAS, VAISON la ROMAINE, MALAUCENE, BEAUME de VENISE. Ils se sont retirés aussitôt de ces deux dernières. Dans la région de VAISON et VALREAS, la répression faite par les troupes d’occupation le 12 juin a provoqué la mort de 54 personnes à VALREAS et 17 à VAISON parmi la population civile ».
(A.D. Vaucluse)
Ce que le rapport ne dit pas, c’est qu’il s’agit d’un véritable assassinat d’otages pris au hasard.
A VALREAS, trois jeunes Bollénois y ont trouvé la mort : les deux frères DEVES et Raymond RAUD.
15 AOUT 1944 :
Débarquement allié sur les côtes provençales. Actions armées, coups de main, sabotages, guérilla se développent tous azimut. Dans la vallée du Rhône les maquisards harcèlent sans répit les troupes allemandes qui se replient ver le nord. L’aviation alliée effectue de nombreux bombardements sur les ponts, voies ferrées et points stratégiques. Malheureusement, la population civile des villes est durement touchée. Nombreux morts notamment à Avignon. C’est la guerre dans toute son horreur mais aussi la certitude d’une libération prochaine. Bollène et les villages du canton n’eurent pas à souffrir des bombardements aériens. Cependant, Mme Germaine BODIN-CAYROL dont les parents tenaient un restaurant au bord de la nationale 7, se souvient :
« le 24 août 1944, les Anglais ont bombardé le carrefour de La Croisière. Une bombe est tombée devant la maison, endommageant fortement le mur et la toiture. Mais pas de victime à déplorer. »
Les bollénois dans les combats de la Libération
M. René BERAUD, combattant FTPF bollénois du groupe Yves LARIVEN, témoigne en ces termes sur la participation aux combats de nombreux jeunes de la région :
« Combattants de légende, mal nourris, mal vêtus, mal armés, les Francs Tireurs Partisans, tous volontaires dans la résistance à l’occupant nazi et à ses serviteurs de la collaboration. Ils sont ceux dont on ne parle pas souvent et pourtant la Résistance combattante qu’ils constituaient, fut une pièce maîtresse de la Libération du sol national et de cette région Vaucluse-Drôme en particulier. Comment ne pas citer celles et ceux qui, de COUSTELET (Lubéron) à la COUCOURDE (Drôme) en passant par les combats de VAISON, du pont de MIRABEL, GRIGNAN, TULETTE, CLEON d’ANDRAN, stoppèrent en août 1944 la retraite des armées nazies et permirent que se déroule dans la région de MONTELIMAR une bataille décisive dans la conclusion de la guerre.
Plus de 80 bollénois, la plupart des jeunes, ont participé à ces combats. Quelques noms évocateurs : maquis VASIO, maquis VENTOUX, maquis du CHAT, groupe Yves LARIVEN, prestigieux bataillon MORVAN et nous en passons. Combien de combats, combien d’actions célèbres sont à l’actif des F.F.I. , »
Dans ces combats des Bollénois sont tombés : Jean BARSAMIAN, tué pendant les combats pour la libération de GRIGNAN. Il avait 17 ans.
Henri SABATIER de Lamotte du Rhône disparaît début août 1944, entre Valence et Lyon, au cours d’une mission importante des F.T.P.F.
Son corps ne fut jamais retrouvé.
Peut-être fut-il une des victimes du massacre de SAINT - GENIS LAVAL, petite ville proche de Lyon ?
Le 20 août 1944, une centaine de Résistants emprisonnés au fort MONTLUC, furent emmenés par camions à SAINT-GENIS LAVAL et sauvagement massacrés. Une vingtaine seulement ont été identifiés.
On ne connaîtra jamais la fin de ce jeune héros de la résistance.
Son jeune frère Georges, âgé de 16 ans, rejoignit les rangs des F.T.P.F. pour le remplacer et participer activement à la Résistance dans la Drôme jusqu’à la Libération.
Voir document: Photo du "Groupe FTPF Yves LARIVEN
Témoignage sur la mort de Jean BARSAMIAN
Le bollénois Robert POUDERON du maquis MORVAN raconte :
« Au moment de l’attaque de GRIGNAN, nous étions dans le camion qui nous transportait. Les allemands d’un coup de canon firent exploser la cabine, tuant tous les occupants. Du plateau où nous nous trouvions, Jeannot BARSAMIAN essaya de sauter, mais à son tour, il fut mortellement blessé. Les personnes chargées de faire le triste bilan, après les combats, ne retrouvèrent pas la dépouille de Jean.
Tout le monde suppose que les nazis ont emporté les blessés pour les faire parler et les ont exterminés par la suite.
Nous étions environ une trentaine de Bollénois dans le maquis MORVAN. »
Rapport du secrétaire du commissaire de police de Bollène (15 juin 1944)
« Hier soir vers 18h, trois corps venant de VALREAS, transportés par une camionnette, sont arrivés à Bollène. Il s’agit de trois jeunes gens originaires de Bollène, tués à VALREAS par des soldats allemands lors d’opérations contres les terroristes :
- RAUD Raymond, né le 27 mars 1918 à Bollène
- DEVES Fernand, né le 17 mars 1923 à Bollène
- DEVES François, né le 25 juin 1926 à Bollène
Ces trois jeunes gens étaient d’une moralité parfaite. Leur disparition en pleine jeunesse a ému profondément la population qui ne ménage pas ses critiques contre les auteurs de ces assassinats. »
(A.D. Vaucluse)
Un maquisard de la « villa rose » raconte…
René FAVRO de Bollène
« J’appartenais au réseau de Résistance du M.U.R. (Mouvements Unis de la Résistance : combat, libération, Franc Tireur) du canton de Bollène. En mars 1944, avec une quinzaine de résistants je me retrouve à la « villa » de POUPAYE dans la montagne de MONDRAGON – MORNAS . Sabotage de voies ferrées et de lignes téléphoniques de la base aérienne d’ORANGE.
Puis départ du groupe dans une ferme des îles du Rhône de M. FABRE après dénonciation au S.S. Nous avons été avertis par notre agent de liaison Mme BODIN, médaille de la Résistance et croix de guerre remises par le Général de Gaulle lors de son passage à Bollène La Croisière en juillet 1946.
Actions du groupe sous le commandement de MM. GUERGUY, CHARRIER, RIQUE. Surveillance, barrages et contrôles sur toutes les routes du canton d’août à septembre 1944 . Regroupement sur la ville de Bollène sous les ordres du lieutenant GABRIEL Louis, officier de gendarmerie maritime. Gardiennage d’un dépôt d’essence quartier des CHARAGONS, destinée au maquis du Ventoux.
Notre groupe arrive à Orange à la caserne du 11ème cuir et poursuit ses actions de recherche et de surveillance sous les ordres du commandant BONFILS du maquis VENTOUX.
Puis le 13 décembre 1944, avec une formation régimentaire, je me retrouve sur le front des Alpes à BARCELONNETTE, sous les ordres du capitaine BERTRAND dit TITO et des lieutenants CAZEAUX, GABRIEL Louis et CHARREYRE. »
La mort atroce d’Eugène BERTRAND, combattant F.T.P.F.
Militant communiste à Marseille, il est arrêté en 1939 et interné au fort Saint Nicolas. Relâché, il vient vivre à partir de juin 1940 à ENTRAIGUES (Vaucluse) chez son oncle alors maire de la commune.
En septembre 1942, il échappe de justesse à une nouvelle arrestation. Il se réfugie à Bollène et rentre alors dans une complète illégalité. Il est d’abord hébergé chez Mme Alida DUGAS à La Croisière, puis par la famille VINCENT à LAPALUD.
A ce moment-là, l’action de la Résistance s’est considérablement développée. Les premiers groupes F.T.P.F. se constituent et multiplient les actions de sabotage. Il se retrouve avec Henri SABATIER dans le groupe F.T.P.F. de La Croisière jusqu’au mois de mai 1943. Le groupe étant repéré par la Gestapo, il est obligé de quitter Bollène. Vers octobre 1943, il est désigné avec son cousin MAX BERTRAND (qui après la Libération deviendra maire d’ENTRAIGUES) pour la direction régionale Drôme –Ardèche des F.T.P.F.. Il est commissaire régional eux effectifs.
La lutte armée s’amplifie de plus en plus : coups de mains dans les mairies, sabotages des voies ferrées, de pylônes électriques.
En février 1944, il participe à l’attaque d’un train allemand au défilé de DONZERE. Pertes importante pour l’ennemi.
En mars 1944, toujours avec son cousin, ils sont nommés à la direction régionale Gard-Lozère.
Le 3 juillet 1944 à 19h, la Gestapo et la milice viennent les arrêter au restaurant de la place FLORIAN (devenue Place de la Libération à ALES). Max réussit une évasion spectaculaire, mais hélas ! Eugène ne peut le suivre. Il est emprisonné au siège de la Gestapo d’ALES où il subit tous les supplices que nombre de résistants ont connus. Il ne parle pas.
On a retrouvé son corps devenu méconnaissable dans le puits de mine de CELAS, près d’ALES.
L’arrestation d’Eugène BERTRAND
Témoignage de son cousin Max BERTRAND ex commandant LAMOTTE (F.T.P.F.)
« Le 3 juillet 1944, j’étais avec Eugène, dans la salle du bar, Place FLORIAN à ALES, en train de souper. Trois civils entrèrent et demandèrent les papiers des clients du café. Pendant ce temps la milice cernait l’immeuble. Avec Eugène, nous avions d’excellents faux papiers. Nous passâmes à travers, mais peu de temps après, ayant contrôlé la salle du fond, ils revinrent en emmenant RAMIER, le recruteur régional et deux autres camarades. Nous les vîmes passer devant nous, conduits, revolver au poing par les trois civils. Nous étions impuissants, la rage au ventre. Le bar était redevenu libre. Je dis à Eugène : « Filons vite ! Allons parer à tout ce qui peut arriver ! » Il ne voulut pas, car dit-il « j’ai des papiers importants que je ne peux laisser ici ».
Hélas, quelques minutes plus tard, la Gestapo revint en force. Deux hommes seulement entrèrent et vinrent vers nous. L’un d’eux s’adressa aux clients en tenant des propos orduriers sur la Résistance, nous présentant comme des bandits qui allaient expier leurs crimes. Pendant ce temps-là, je pensais à la triste renommée de l’Hôtel du Luxembourg d’ALES siège des S.S. et de la Gestapo.
Le discoureur me dit soudain :
« Allez ! Crie Vive Pétain ! ». A la troisième injonction et après avoir reçu une énorme gifle, j’obtempérais. Comme il se tournait vers Eugène et lui demandait la même chose, j’avais choisi ma solution. Je criai en provençal : « Zéno ! Ei lou moument ! a nen ié* ! »
Nous étions debout, près du comptoir, à deux mètres de l’entrée du bar. Je balançai un coup de pied dans le ventre de notre tourmenteur suivi d’un coup de tête qui l’envoya sur son collègue, les déséquilibrant tous les deux. Je m’élançai vers la sortie. Deux ou trois miliciens se trouvaient là. Je leur envoyai une bicyclette stationnée sur le trottoir et partis dans l’avenue en courant en zig-zag. Les balles sifflaient à mes oreilles. Heureusement je ne fus pas touché. Eugène ne put me suivre et il fut arrêté. »
Le nom d’Eugène BERTRAND est maintenant inscrit sur la stèle érigée à la gare de Bollène, à la mémoire du groupe F.T.P.F. de La Croisière, aux Côtés de ses camarades de combat Henri SABATIER, Louis DUGAS et Léon DUGAS.
La même terrible loi…
L’historien Henri MICHEL note :
« Venus des horizons les plus éloignés, les Résistants sont inspirés par des motivations multiformes. Mais dès qu’ils sont engagés, les risques accourent au devant de tous. Qu’ils soient membres de mouvements, de réseaux ou de partis, imprimeurs et diffuseurs de la presse clandestine, agents parachutés, convoyeurs d’évadés, agents de liaison, saboteurs, maquisards, chefs de groupes…tous les clandestins sont soumis à la même terrible loi de leur vocation. Il leur faut apprendre à devenir un autre, se taire, se cacher, errer…, s’accoutumer à la solitude et au dénuement, haïr l’ennemi et se méfier de tous. S’ils sont pris, le même affreux destin leur est promis : prison infecte, tortures et injures, le plus souvent fusillade ou déportation. »
L’angoisse d’un résistant arrêté
L’historien Henri Michel, parlant des Résistants « venus des horizons les plus éloignés », écrit :
« S’ils sont pris, le même affreux destin leur est promis : prison infecte, fusillade ou déportation. »
Tous le savent. Dès les premières heures de l’arrestation, c’est une angoisse terrible qui les étreint. Henri BIGNAN, ancien maire de Bollène, arrêté le 13 septembre 1943, emprisonné dans la caserne du 7ème génie à Avignon, le 15 septembre écrit à sa famille, angoissé à la pensée que les armes et les munitions qu’il cache puissent être découverts par la Gestapo. Il faut absolument les cacher ailleurs. Il va le faire comprendre à sa famille par un langage codé.
Voici la traduction plus lisible de ce message :
Chère Germaine,
« Quelques mots pour te remercier de ce tu m’as fait parvenir.
Tu as du recevoir ma première lettre. Exécute bien mes ordres. Fais-toi aider par Gaston et remue-le un peu qu’il ne profite pas de mon absence pour ne rien foutre.
Faites le possible pour vendanger samedi, les aramons risquent de pourrir.
Pour tenir le plein du tonneau, dit à Gaston qu’il prenne du vin de la grande bonbonne, celle que nous avons achetée chez RIPERT (1) et qu’il tienne les tomettes sur les trous de bonde. As-tu roulé le matelas (2) et mis de la naphtaline ?
Que Gaston nettoie la planche des boîtes de pointes et qu’il place la caisse qu’il m’avait faite à un endroit ou les mites ne vont pas (3).
Pense au paquet de perlo (4) qu’il y a dans le tiroir du bureau.
Bon baisers à tous. Console mon père, mère et la mère.
Bonjour à Gaston, à la grande et à la grosse. Baisers à Paula.
Henri.
Le dos de M. LACHAUX (5) me sert de pupitre. »
Cette lettre, sous forme de codage, donne des instructions précieuses :
(1) désigne la poudre
(2) les armes cachées dans le matelas qu’il faut cacher ailleurs
(3) l’endroit où se trouvent les munitions
(4) le paquet de perlo (tabac) désigne un revolver
(5) M. Emile LACHAUX, percepteur à Bollène arrêté en même temps que M. BIGNAN
Il en avait déjà parlé dans la même forme le 14 septembre. Il en reparle encore dans sa lettre du 18 septembre.
Cette angoisse qui étreint tout patriote arrêté, on la retrouve chez le jeune René FARGE, arrêté le 11 mai 1944 et emprisonné à la citadelle de Pont St Esprit :
Il écrit dans ses souvenirs :
« Et puis, il y a l’angoisse, l’attente. L’angoisse de savoir exactement ce qui va nous être reproché, le retour d’un visage connu ou entrevu et déjà tuméfié, les plaintes des plus âgés et qui tout à coup s’écroulent sans un mot ».
L’angoisse de cette mère frappée sauvagement pour qu’elle dise où est son fils parti dans « l’armée des ténèbres ». L’angoisse de parler sous la douleur.
L’angoisse de ce jeune père, pour sa femme et son enfant qui risquent d’être arrêtés à leur tour. Se débarrasser le plus vite possible de son alliance.
La folle angoisse d’Andrée BLACHERE, un matin de février 1944, où un détachement de S.S. cerne la rue où elle habite. Elle prend sa petite fille, se précipite chez la voisine qui ignorait tout de son activité résistante :
« Je vais être arrêtée…je vous en prie, prenez ma petite fille et avertissez ma mère ».
Ce n’était pas elle qui était recherchée. Ce fut un ouvrier qui habitait la même rue. La voisine rendit l’enfant à sa mère …et n’en parla qu’après la Libération.
Telle était la vie de tous ces Résistants qui n’acceptaient pas la présence de l’envahisseur sur notre sol.
Dans un de ses poème, « Le veilleur du Pont au Change », le poète Robert DESNOS écrit :
« Je vous salue, vous qui dormez
après le dur travail clandestin,
Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails,
Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages. »
La vie des Résistants
Le danger surgit … où on s'y attend le moins.
Pendant les dures années d'occupation, un Résistant peut être arrêté à chaque instant : le matin en se levant, au cours d'une rafle, d'un rendez-vous, d'une distribution de tracts, d'une action armée.
Le danger est partout mettant les nerfs à dure épreuve. Il surgit parfois, là où on s'y attend le moins.
Le Résistant bollénois ORESTE (Nom de guerre de Charles MONIER) nous raconte un souvenir :
« Vers la fin Juillet 1944, je suis chargé d'aller à St Paul Trois Châteaux (Drôme) pour organiser un groupe de Résistants. Je dois contacter un dénommé BLACHON que je ne connais pas. J'arrive à bicyclette en fin de matinée sur la place de ce village. Je suis obligé de demander où habite M.BLACHON ce qui entraîne quelques allées et venues sur la place. Un individu qui m'observe me harponne violemment par le bras et m'entraîne dans un café voisin. Il m'enferme dans une pièce et, avec un autre personnage, commence à me questionner :
- Que cherchez-vous ? Que venez-vous faire ici ?
- Je me promène.
- Je fais partie des FTP. Vous êtes peut-être un agent de la gestapo.
Il devient de plus en plus menaçant et violent. Bien entendu je ne peux révéler à cet homme le motif de ma présence à St Paul. Est-il vraiment un FTP ? Une idée me vient :
- Puisque vous êtes un FTP vous devez avoir un C.E. ? (commissaire aux effectifs)
- Oui.
- Allez le chercher, je veux m'entretenir avec lui.
Je savais qu'en général les commissaires aux effectifs étaient des communistes. Les heures passent. Je suis toujours retenu prisonnier dans ce café. Enfin un homme arrive. Il faut que je me sorte de cette situation. Je joue le tout pour le tout. Je lui explique que je suis communiste et que j'ai une mission à remplir. Son visage s'épanouit. « Je suis communiste moi aussi » me dit-il. Je lui parle alors de BLACHON qu'il connaît parfaitement. Il m'accompagne jusque chez lui. Je peux enfin terminer la mission qui m'avait été confiée.
Mais avouez que ce jour-là, ce n'est pas la chaleur de Juillet qui m'a fait transpirer… ».
C’est aussi :
La peur et l’angoisse de Micheline LIOTIER et d’Alberte BONNEAU lorsqu’en septembre 1943 la gestapo et les gendarmes sont venus arrêter leur père, (Louis BOISSIN) Prévenu par un voisin, il réussit à s ‘enfuir.
Micheline âgée de 15 ans se souvient : « J’ai vu partir mon père… A ce moment là, j’ai pensé que peut-être je ne le reverrait plus. »
Mme ICKOWICZ, réfugiée alsacienne, évoque « les moments d’angoisse de toute la famille réunie autour d’une table ronde pour prendre le repas quand nous voyons arriver un soldat allemand, comme toujours fusil à l’épaule… Dans la maison ce n’était pas la joie : peur que ce soldat aille nous dénoncer, peur des ennuis que nous risquions d’avoir. Pendant plus de quinze jours, nous avons vécu dans l’incertitude. »
Mme JACQUENOT, fille de SIBOUR Auguste avait 15 ans à La Libération. Son père accueillait et cachait dans sa ferme quartier SAUZET à BOLLENE de nombreux résistants clandestins et des jeunes maquisards. Elle nous confie : « Ce fut ma jeunesse avec de grandes peurs. »
Le jour de la libération de BOLLENE alors que toute la ville était en fête, les sœurs du jeune Résistant Henri SABATIER écrivent : « quant à parler de joies ce jour là, comme ceux qui survivent, nous avions trop souffert… Nous attendions, terriblement isolés, Henri et la fin de la guerre. » Henri n’est jamais revenu.
Un autre chemin de la Résistance :
Les forces françaises libres (F.F.L)
Alors que de nombreux Bollénois choisissaient de se battre contre l’envahisseur hitlérien sur le sol même de la Patrie, un petit nombre répondant à l’appel du général Charles de Gaulle rejoignit les Forces Françaises Libres et participa à la libération de la France avec les armées alliées.
Paul ACCARIAS, enfant de Bollène est un de ceux-là. Lorsque la guerre éclate, il est embarqué sur le croiseur SUFFREN en indochine. En juillet 1940, sur le chemin du retour vers la France, il entend parler de l’appel du Général de Gaulle et décide de continuer la guerre entraînant avec lui 31 de ses hommes, signant son engagement sous le N°101 le 5 juillet 1940 à CAPETOWN (Le CAP en Afrique du Sud)
Il participe sur le TRIOMPHANT puis sur le DILIGENTE à de nombreux combats en mer du Nord, escortant des convois de navires de commerce.
Affecté en 1942, à l’état major à Londres comme chef de l’A.M.B.C. (Armement Militaire Bateaux de Commerce) il participe aux préparatifs du débarquement en France. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1948 pour faits de guerre.
Il termine sa carrière militaire en 1959, comme officier des Equipages de 1ère classe.
Engagé volontaire au titre du 1er Régiment de chasseurs à cheval, affecté en Afrique occidentale française, il débarque à Casablanca le 7 mars 1943. Participe à la campagne d’Italie sous les ordres du général de brigade BROSSET, commandant la 1ère division française libre, et à de nombreux combats contre les forces allemandes à MARRONI, SANGIORGO, PONTE CORVO et au MONTE LEUCCIO. Il participe ensuite au débarquement en Provence à CAVALAIRE le 15 août 1944.
Campagne d’Alsace et d’Allemagne, blessé une 2ème fois en Autriche, cité à l’ordre de la division le 22 juin 1944.
D’autres enfin, venant d’Afrique, ont participé à la Libération de la France en débarquant le 15 août 1944 sur les côtes de Provence.
Parmi eux, deux Bollénois : Paul DESFACHELLE et Marcel MAZOYER.
Témoignage de M. René BERAUD :
« Le 24 août 1944 au matin, la mairie de Bollène, la maison de FAUCHER étaient occupées par un groupe F.T.P.F. qui évoluait dans la région Bollène, Suze la Rousse, Mondragon sous les ordres du commandant Louis GABRIEL.
Dès le 16 août des éléments de ce groupe avaient harcelé et démantelé, une unité de S.S. de la division DAS REICH, stationnée au château de GOURDON et qui dut déménager en catastrophe en incendiant une partie de son matériel roulant et en faisant sauter un important dépôt de munitions. »
Par crainte de revivre une tragédie comme celle de VALREAS où 54 civils, pris comme otages, furent fusillés par un détachement nazi ayant réoccupé la ville, le comité local de libération décida d’attendre l’arrivée des troupes alliées qui approchaient de notre commune.
Témoignage de M. Jean SCHAPPLER :
« Il devait être entre 15h30 et 16h, le 26 août quand les premiers chars américains sont arrivés venant de La Croisière et de St Blaise.
Tous les gens se sont mis aux fenêtres et ils s’ensuivit un grand mouvement de foule.
Des groupes de Résistants arrivaient de toutes parts. La libération de la ville s’est effectuée sans trop de heurts. Il restait seulement quelques Allemands localisés dans les CHARAGONS. Tous les autres s’étaient déjà enfuis.
Les habitants se sont rassemblés. Les cloches sonnaient à toute volée. C’était une grande fête, une grande joie. Le lendemain des poursuites ont été engagées contre des collaborateurs. Un tribunal civil est constitué et des arrestations sont effectuées. Après leur jugement certains sont relâchés, mais d’autres reconnus coupables de dénonciations et des miliciens sont fusillés et des femmes rasées sur la place publique.
L’agitation a duré encore quelques jours. L’administration communale s’est restructurée progressivement. La gestion des affaires de la cité a été confiée aux résistants revenus des maquis. M. BAUX est nommé commissaire au peuple. La vie reprenait progressivement. Mais les tickets d’alimentation ont été maintenus jusqu’en 1947-1948.
On fumait de la barbe de maïs, de l’armoise.
La ville elle-même n’avait pas trop souffert de l’occupation. Le pont du LEZ avait seulement été légèrement endommagé.
La liberté était retrouvée. Plus de soucis de couvre-feu.
C’était magnifique ! »
Voir photos de la Libération de Bollène 1
Voir photos de la Libération de Bollène 2
Il fallut attendre mai-juin 1945, après la capitulation de l’Allemagne hitlérienne, pour voir revenir les prisonniers de guerre et les déportés rescapés des camps de concentration (12 sur 20).
Témoignage de Mme Maryse PEYRON, fille de Lucien PIQUEMAL :
« Lucien PIQUEMAL, bien connu à Bollène, fut nommé à la Libération, commissaire de police de notre cité par le comité local de Libération qui venait de remplacer les autorités locales mises en place par le gouvernement de Vichy.
PIQUEMAL avait participé à la Résistance dans la région lyonnaise, dans les rangs des F.T.P.F.Son épouse était agent de liaison entre Lyon et Marseille. Son rôle consistait à faire rechercher et arrêter les miliciens et agents de Vichy qui avaient étroitement collaboré avec la Gestapo.
Certains réussirent à s’enfuir. D’autres furent jugés. Ceux qui avouèrent avoir dénoncé aux Allemands des patriotes et contribué ainsi à leur arrestation, déportation et parfois à leur mort, furent condamnés à être fusillés. D’autres furent relâchés.
Par contre, ce commissaire de police, issu des rangs des F.T.P.F., s’opposa vivement à la pratique des femmes « tondues » pour avoir eu des relations avec des soldats allemands.
Cet acte dégradant ressemblait trop aux sévices pratiqués par les nazis. Il ne pouvait être d’accord et l’interdit. Les fonctions de commissaire de police de M. PIQUEMAL furent de courte durée et se terminèrent avec la mise en place de pouvoirs issus du gouvernement de la République, présidé par le Général de Gaulle ».
Membres de la délégation spéciale
Nommés à la Libération par le Comité Local de Libération (C.L.L.)
Ø
Maire : BAUD Léon
Ø
Membres : MAUCUER L, SOULIER, LADET J. , GUINTRAND F. , RAMIERE Charles, AUBENAS
Cette équipe remplace la délégation spéciale nommée par le pouvoir vichyste.
Membres de la commission d’épuration
BIGNAN Louis, GIRARD, LANNIC François,
REYNAUD Louis, GOFFRE A. , Mme MONIER Marie.
Délibération du 20 septembre 1944 de la commission d’épuration et du Comité de Libération concernant des agents communaux :
1°) Cas de M. D…… :
Secrétaire de la section locale de la Légion française des combattants depuis sa création à Bollène, section qui a établi une liste de personnes hostiles au gouvernement de Vichy. L’intéressé est accusé de collaboration. Il est en outre accusé de zèle pour ce gouvernement, dévouement aux autorités allemandes (désignation de femmes devant travailler pour eux et menaces si elles refusaient. Le comité décide à la majorité de révoquer M. D… de ses fonctions à dater du 30/09/44. Une partie du conseil demande en outre son arrestation.
Sur intervention de M. LAMBERTIN, demandant que l’on tienne compte de son ancienneté (M. D….devant se retirer en 1945), le comité opte à l’unanimité pour la première solution.
2°) Cas des gardes M…. et F…. :
Inculpés de collaboration et zèle intempestif.
M….pourchassait les jeunes gens prenant le maquis, s’inquiétait auprès de personnes de leur adresse. C’était de plus un mouchard.
F…..a lui aussi les mêmes choses à se reprocher.
Le Comité de Libération demande leur révocation.
3°) Cas de M. E….. :
A fait preuve de zèle. Il professait des idées germanophiles, ayant des rapports avec des collaborateurs notoires.
Le Comité prononce sa révocation et demande qu’il soit interrogé.
4°) Cas de M. C….. :
A fait preuve également de zèle sous le régime de Vichy.
Il a toujours refusé les cartes d’alimentation aux jeunes gens réfractaires, les invitant à passer auparavant par le commissariat de police.
Le Comité décide également sa révocation.
La Commission décide qu’une nouvelle réunion aura lieu sous peu et demande à son président de faire preuve de volonté et de sanctionner sans pitié les personnes coupables de collaboration et d’intelligence avec l’ennemi. Elle sera juste mais sévère et punira impitoyablement les coupables.
Ø
Décisions approuvées par le Préfet du Vaucluse le 2 octobre 1944(Source : A.D. Vaucluse – 16 W 170)
A la Libération, les Résistants trouvèrent dans le local de la Légion des combattants, une liste portant les nom des miliciens de Bollène.
Leur chef CRUON réussit à s’enfuir, mais cinq ou six purent être arrêtés, jugés, condamnés à mort et fusillés.
Le commissaire de police signale le 8 décembre 1945 :
« Hier à 17h30, ont été inhumés au cimetière de Bollène, les nommés B..P….. et F.. J….., tous deux âgés de 39 ans, ex-miliciens de Bollène, dont les corps ont été découverts enterrés dans les bois d’UCHAUX »
(Source : A.D. Vaucluse – 3 W 35)
Le 29 avril 1945 eurent lieu dans toutes les communes de France des élections municipales.
Pour la première fois, des femmes allaient pouvoir participer aux élections, voter et être candidates. Ce droit, elles l’avaient gagné par leur participation active à la Résistance.
Le noueau conseil municipal élu, présidé par M. ROBERT Ellen, allait remplacer la délégation mise en place à la Libération par le comité local de la Libération.
Plus de 7 millions de déportés ont trouvé la mort dans les camps de concentration nazis.
Certains, comme AUCHWITZ, TREBLINKA, SOBIDOR étaient de véritables camps d’extermination.
En voici la liste :
Rawa Ruska 15 000 morts
Dora 28 000 morts
Bergen Belsen 50 000 morts
Gross Rosen 50 000 morts
Buchenwald 56 000 morts
Struthof 65 000 morts
Dachau 70 000 morts
Flossenburg 73 000 morts
Theresienstadt 75 000 morts
Neuengamme 80 000 morts
Stutthof 85 000 morts
Ravensbruck 92 000 morts
Sachsenhausen 100 000 morts
Mauhausen 200 000 morts
Sobibor 250 000 morts
Chelmno 350 000 morts
Maidanek 400 000 morts
Belzec 600 000 morts
Treblinka 700 000 morts
Auchwitz 4 000 000 morts
Soit un total de 7 millions 339 mille personnes mortes dans les 20 camps.
L’horreur du monde concentrationnaire
Jean LAFFITE, dirigeant communiste, déporté, raconte :
Son tortionnaire lui déclare : « On va vous envoyer dans un camp d’où l’on ne revient pas…Un homme de votre âge peut y vivre 6 mois. Tuer, ce n’est rien. Il faut faire souffrir avant. Et puis tuer, c’est une chose…Faire souffrir une autre chose…Nos camps sont faits pour ces deux choses. »
« Ils étaient vingt et cent
Ils étaient des milliers… »
Bilan de la répression pour le canton
(Source : A.D. Vaucluse)
I LES DEPORTATIONS
NOM |
Date de l’arrestation |
Nom du camp |
Rentré |
DE BOLLENE |
|||
ARAKELIAN Arakel |
13/09/43 |
DACHAU |
Rentré |
BRUNEL Louis |
13/09/43 |
LINZ |
Rentré |
CAPOSONS Roger |
? |
MAUTHAUSEN |
Rentré |
DAVIDRON Joseph |
19/11/42 |
AUSCHWITZ |
Non rentré |
DREYFUS Gilbert |
30/11/43 |
MAUTHAUSEN |
Rentré |
GALLI Georges |
05/01/44 |
MAUTHAUSEN |
Non rentré |
GRUCZKIEWICS Charles |
26/06/42 |
AUSCHWITZ |
Rentré |
LACHAUX Emile |
13/09/43 |
BUCHENWALD |
Non rentré |
LAFONT Ernest |
13/09/43 |
LINZ |
Rentré |
LESPINASSE Ernest |
13/09/43 |
LINZ |
Rentré |
LORIDAN Marceline |
01/03/44 |
AUSCHWITZ |
Rentrée |
MELMAN Marie |
01/03/44 |
AUSCHWITZ |
Rentrée |
MELMAN Suzanne |
01/03/44 |
AUSCHWITZ |
Rentrée |
ROMBEAU André |
13/09/43 |
WEIMAR |
Non rentré |
RATTEMBACH Léo |
20/07/42 |
Allemagne |
Non rentré |
ROSENBERG Marc |
01/03/44 |
AUSCHWITZ |
Non rentré |
ROSENBERG Schatana |
01/03/44 |
AUSCHWITZ |
Non rentré |
SEUZARET Louis |
16/05/43 |
Allemagne |
Rentré |
DE MONDRAGON |
|||
RAMIERE Marin |
27/05/43 |
BUCHENVALD |
Rentré |
DE STE CECILE LES VIGNES |
|||
BARD Eugene |
20/09/43 |
Allemagne |
Non rentré |
Huit sur vingt sont morts en déportation
Il faut ajouter Gaby PONT de Bollène, déporté du S.T.O, envoyé ensuite dans un camp de la mort pour acte de sabotage, mort peu de temps avant la libération des camps
II – 6 fusillés ou assassinés
5 de Bollène, 1 de Mornas
III – 25 internés :
24 de Bollène, 1 de Ste Cécile les Vignes
IV – 5 opérations de police de grande envergure
à Bollène et dans le canton :
25 mai 1943
11 août 1943
13 septembre 1943
29 février 1944
11 mai 1944
V – ARRESTATIONS ET EMPRISONNEMENT
POUR ACTES DE RESISTANCE :
53 dans le canton sur 1237 dans l’ensemble du Vaucluse
Etat des crimes de guerre de l’occupant
Après la Libération, la Préfecture du Vaucluse a fait dresser un état des crimes de guerre de l’occupant.
(A.D. Vaucluse – 4 W 9488)
Voici pour le canton de Bollène :
Ø
Bollène : 2 meurtres, 24 actes de torture, 19 déportations, 12 pillages.
Ø Lamotte du Rhône : 1 meurtre, 24 pillages.
Ø
Mondragon : 1 déportation.
Ø
Mornas : 50 pillages – 5 incendies.
Ø Ste Cécile les Vignes : 1 déportation, 50 pillages, 2 incendies.
A ceux qui nient ou calomnient la Résistance
Madeleine RIFFAUD avait juste 20 ans, le jour de la libération de Paris.
Dans son livre « On l’appelait RAINER », elle s’adresse à certains historiens d’après guerre :
« Qu’ils sachent qu’en notre jeunesse, nous n’avions aucune idée des calculs qu’on prête aujourd’hui à tels ou tels dirigeants de la Résistance.
Nous étions volontaires, nous savions ce que nous risquions, nous n’attendions aucune récompense.
Nous n’avions que notre colère, notre pureté, notre amour.
Cette lumière est à jamais irrécupérable… »
Voir document photo: Rassemblement devant la Mairie de Bollène le 8 mai 1945
VICTIMES DE LA BARBARIE NAZIE
BARSAMIAN Jean (mort au combat)
BERARD Pierre (fusillé)
BERTRAND Eugène (assassiné)
BODIN Georges (assassiné)
CHAPUS René (déporté du travail)
DEVES Fernand (fusillé)
DEVES François (fusillé)
DUGAS Louis (assassiné)
LACHAUX Emile (déporté à FLOSSENBÜRG)
LAMBERTIN Maurice (déporté du travail)
PONT Gaby (déporté à BUCHENWALD)
RAUD Raymond (fusillé)
ROMBEAU André (déporté à BUCHENWALD)
ROZENBERG Szlama (déporté à AUSCHWITZ)
Cette plaque, en hommage aux victimes du nazisme, demandé par le Collectif „la Résistance à Bollène et dans le canton" fut apposée sur le monument aux morts, le 29 avril 1995 à l’occasion du 50ème anniversaire de la Libération des camps de concentration.
La Municipalité ne retint que les noms des victimes ayant habité Bollène.
C’est pourquoi on n’y retrouve pas Eugène BARD de Ste Cécile les Vignes, mort en déportation, et Henri SABATIER de Lamotte du Rhône, membre du groupe F.T.P.F. de La Croisière, disparu au cours d’une mission en juillet 1944.
Au cours de l’inauguration Madame ROSENBERG, dont le père mourut en déportation, rescapée du terrible camp d’extermination d’AUSCHWITZ prononça une émouvante allocution.
N’oublions jamais ! Restons vigilants !
A la demande de la section locale de l’A.N.A.C.R. (Association nationale des Anciens Combattants Résistants), la ville de Bollène a fait apposer au monument aux morts une plaque portant les noms des « victimes de la barbarie nazie » et a donné à onze rues ou places, le nom d’un Résistant ayant donné sa vie pour la Libération de la France :
Jean MOULIN
Danielle CASANOVA
Colonel FABIEN
MANOUCCHIAN
Emile LACHAUX
André ROMBEAU
Georges BODIN
Jean BARSAMIAN
Les frères DEVES
Raymond RAUD
Gaby PONT.
Des cités portent le nom de Résistants : Victor BASCH, Marcel PAUL, René CHAR.
Un groupe scolaire : Gabriel PERI.
Au quartier du PUY s’élève la stèle au Général de Gaulle.
Chaque année, le 26 août, la ville commémore la libération de Bollène par une cérémonie officielle au monument aux Morts.
De son côté, la section locale de l’A.N.A.C.R., en accord avec la S.N.C.F., a fait élever une stèle devant la gare de Bollène La croisière à la mémoire des quatre membres du groupe F.T.P.F. qui ont participé activement à la bataille du Rail : Henri SABATIER, Eugène BERTRAND, Louis DUGAS, Léon DUGAS.
Elle fut inaugurée le 13 mai 1998 en présence d’une foule nombreuse avec la participation de Robert CHAMBEIRON et du colonel Henri ROL TANGUY, Secrétaires nationaux de l’A.N.A.C.R.
Sous les noms des quatre combattants sans uniforme de ce groupe, on peut lire :
« Hommage
à tous les Résistants, à toutes les victimes de la milice de Vichy et de la Gestapo,
à tous ces hommes et femmes qui dans leur village,
ont mené dans l’ombre une lutte efficace.
Passant, si tu ne veux pas revivre les horreurs du fascisme,
n’oublie jamais et continue la lutte »
BOLLENE, Septembre 2001
La bataille du Rail dans la région de BOLLENE
(Résumé)
18 septembre 1942 : Sabotage sur la voie ferrée à 2 kms de la gare de La Croisière.
7 mars 1943 : Mondragon ; le fil de commande du disque de la voie ferrée coupé sur une longueur de 6 m et emporté.
9 avril 1943 : En gare de LAPALUD, le disque de signal a été bloqué à l’aide d’une pierre.
20 mai 1943 : MONDRAGON ; à 0h45 forte explosion. Un rail détérioré ainsi que deux traverses en bois. Circulation interrompue environ 15mn. Un deuxième engin n’a pas explosé.
20 juin 1943 : A 3h environ, sabotage sur la voie ferrée à 1 km au nord de la gare de BOLLENE LA CROISIERE. Un rail a été sectionné et 40cm de ce rail ont été retrouvés dans un champ de blé à 30m de la voie.
17 juillet 1943 : Un rail a sauté sur la ligne AVIGNON-LYON à MONDRAGON. Le trafic a été arrêté 24h. Les autorités allemandes se sont rendues sur les lieux.
28 août 1943 : Attentat à l’explosif dans la nuit du 25 au 26 août sur la voie ferrée à BOLLENE LA CROISIERE. Le moteur d’un locotracteur a été détérioré ainsi que deux fils téléphoniques. Circulation stoppée durant 3h.
11 novembre 1943 : Vers 0h45 sur la voie ferrée à MONDRAGON, sur le pont du LEZ, un attentat a été commis. Les deux rails de la voie N°1 ont été sectionnés par une explosion sur une longueur de 30cm environ.
19 février 1944 : Vers 23h, voie ferrée coupée à l’explosif à MONDRAGON. Circulation interrompue durant 5h.
20 février 1944 : A 1h25 attentat sur la voie ferrée au lieu-dit PONT des PARES près de MORNAS. Voie coupée sur une longueur de 30 à 40cm.
2 juillet 1944 : Vers 0h30 un engin explosif a sectionné les rails à PIOLENC. Circulation interrompue durant la journée.
11 juillet 1944 : Vers 22h un attentat par explosif a sectionné les voies sur la commune de PIOLENC.
12 juillet 1944 : Vers 2h15 voie ferrée coupée sur la commune de MORNAS.
(Source : A.D. Vaucluse.)
Cet ouvrage a pu être réalisé grâce aux documents conservés aux archives départementales de Vaucluse à AVIGNON, et aux souvenirs et témoignages d’anciens Résistants ou de leurs enfants. Ces documents ont pu être répertoriés et classés grâce à l’immense patience de CHARLES MONIER qui s’est rendu chaque semaine durant plusieurs années aux archives départementales.
Nous l’en remercions particulièrement ainsi que :
Le ministère de la culture (1998-1999) qui nous a accordé une dérogation aux règles de communication de documents non encore communicables.
Le personnel des archives départementales du Vaucluse qui a guidé nos recherches.
L’Office du Tourisme de BOLLENE qui a bien voulu nous communiquer un document sur le séjour de combattants Polonais repliés en 1939-1940 à BOLLENE.
Toutes les personnes qui nous ont communiqué documents, témoignages et photos :
Mmmes AUBEY – Micheline BERNIER– Andrée BLACHERE - Alberte BONNEAU – Germaine CAYROL – Paulette COQUIDE - Francine COUDENE – Ep. Robert GENERAT - Emma ICKOWITZ – JACQUENOT née SIBOUR– Micheline LIOTIER – Michèle MASSONET– Violette MAZELIER – Maryse PEYRON – Pierrette RAUD –Jacqueline et Marceline ROSENBERG– Jacqueline et Janine SABATIER – Marinette SIBOUR.
Mlle Mélanie SAISSE
MM.– René BERAUD – Max BERTRAND (ex commandant LAMOTTE) – Jean François BIGNAN– DEMARBRE – Angelo DE PICOLI– Paul DESFACHELLES – René FARGE – René FAVRO – Marc GOURJON – Jacky MALBOIS. – Edmond PRADERA – Guy RAMIERE – Georges SABATIER –André SCARDICCHIO - Jean SCHAPPLER – René SESTON.